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Historique


Saint-Charles-de-Massigosse
par Jean-Louis Roy

Pont
Le pont « Brûlé », qui est devenu le pont du Rang
Saint-Augustin, traversait la rivière et le rang Mastigouche.
Il fût débâtit en 1959 pour faire place à un pont en béton
plus fonctionnel. Sur la photo on observe que les côtés
ont été enlevés afin de permettre à la neige d’y pénétrer
et ainsi rendre le transport des traîneaux remplis de
bois plus facile.
Depuis ma tendre enfance, le nom Mastigouche était synonyme de grands espaces, d’une belle rivière coulant entre deux montagnes, d’innombrables lacs, le tout grand comme un pays et c’était le nôtre.

Mélodieux comme une complainte, joli comme une carte postale. J’aimais le nom sauf que nous le prononcions différemment, nous disions Massigosse. Tous les gens d’âge d’(or), nés à Mandeville seront d’accord, nous nommions Massigosse ce coin de terre si dur mais si magnifique.

Pont
Reconnaissez vous ce genre garçon qui pose face au pont? Il s’agit de M. Roger Pickering qui a été garde-chasse (agent de conservation) pendant 40 ans à Mandeville.

Après la révolution tranquille, tout le petit peuple décida de bien parler, bien prononcer, moins sacrer, moins de joual : le froid remplaça :fret, les chevreuils remplacèrent les chevreux. Nous abandonnâmes Massigosse pour Mastigouche, craignant de montrer notre ignorance en disant Massigosse devant les étrangers. Si quelqu’un s’échappait, nous affichions un sourire indulgent à son égard. Mais, est-ce qu’un village entier peut être dans l’erreur? Que fait-on de la loi du nombre?

Pont
Un photographe inspiré a croqué l’école de rang a travers
le pont du Rang Saint-Augustin.
Ce n’est qu’à travers certaines lectures que nous pouvons comprendre pourquoi nous en étions venus à dire Mastigouche quand tous, nous pensions Massigosse. En lisant (Histoire de Saint- Gabriel-de-Brandon et ses démembrements ) par Gonzague Ducharme 1917, qui écrit :«Tout ce que nous avons gardé des premiers habitants du pays, ce sont les noms de Maskinongé, Matomban et Matchigosse que les Anglais (Américains)ont travesti en Mastigouche depuis la fondation du club de pêche géré par M. Copeland». Matshigosse(vocable Montagnais)Mistugush, qui se décompose comme suit : Mistik (bois) et Ush, (diminutif, petit, «là où le bois est petit»).

Vous aurez compris que les Américains, en nommant leur club du nom de la rivière qui le traversait(Matshigosse)avaient tenté de franciser, de le rendre plus facile à prononcer qu’un nom Indien, quitte à le transformer en barbarisme. Donc depuis le début de la colonisation, nous avions opté pour le nom Montagnais, avec très peu de changement; c’était la tradition orale qui prévalait. Dans le livre de Sœur Simone Gareau «D’un siècle à l’autre à Saint-Charles-de-Mandeville»à la page 53, au deuxième paragraphe on peut lire; «1857paroisse et rang Mastigouche». Donc nous avions une paroisse qu’on nommait Massigosse. Car Mastigouche est venu seulement avec la fondation du club de pêche. Certains avancent 1888 comme fondation (Ducharme1917), mais dont l’enregistrement officiel au gouvernement du Québec est 1901. Plus loin on lit : «Revenons en 1894,date de fondation officielle de la mission de Saint Charles-de-Mastigoche(qui est déjà mieux).

Donc récapitulons. En 1858 un abri à trois pans est érigé sur le terrain de Pierre Didace Hénault(sur la côte du rang 3, Peterborough).Bientôt il faut transporter l’humble chapelle dans le coin du jardin de François Provost à cause d’un éboulis de terrain. La maison de prière agrandie sert aussi d’école de rang. En 1897, nouveau déménagement mais cette fois on apporte la chapelle de Saint-Charles de Mastigoche au village.

Transformé quelque peu, le modeste et premier lieu de rassemblement des Chrétiens, érigé dans les limites de Saint-Charles, servira d’abord de presbytère pour le desservant de Saint-Didace. Par la suite il tiendra lieu de sacristie et les jeunes y feront leur catéchisme. (Ironie du sort, cette chapelle fut encore déménagée en 1971 pour devenir une maison privée sur la rue Joly et elle survivra au défunt presbytère, débâti en2005.»

Si vous regardez dans« Du côté de Mandeville 1903-2003»de François Morissonneau, à la page 85 on y mentionne toujours cette chapelle sous le nom de Mission de Mastigouche qui aurait dû être Mission de Massigosse. Donc ce n’était pas une mauvaise prononciation que nous aurions pu mettre sur le dos du joual parlé, qui très souvent refait surface comme un rhume en janvier, mais sur des transcripteurs qui souvent errent. Excès de zèle aurait dit un auteur à la mode.

S’il se trouvait un lecteur en désaccord avec ces énoncés, je voudrais bien en discuter. Mais jamais sans une bonne bouteille nous séparant.

Photos: Collection personnelle de Jean-Louis Roy